La Douce Léna est un spectacle en devenir dont nous présenterons en juin 2010 une étape de création au Théâtre le Hublot, à Colombes.


      La Douce Léna est née d'un texte tissé à partir de plusieurs œuvres de Gertrude Stein par Catherine Benhamou, comédienne et auteure dramatique. Elle fait le portrait en creux de Léna, jeune employée de maison, immigrée en Amérique et confrontée à un mariage arrangé. Le contexte est celui du XIXème siècle mais l'écriture et sa proposition cubiste sont très contemporaines. Gertrude Stein déplie les points de vues d'un groupe d'humain sur une existence minimale, celle de Léna, jeune fille singulièrement absente à elle-même. Le texte recomposé par Catherine Benhamou, s'emploie à jouer avec la mosaïque des situations de langages qui en découlent. Le projet prend le temps de trouver son langage scénique, d'une phase d'exploration de l'énonciation et du traitement des voix, à une phase de travail sur la chorégraphie des corps avec quatre comédiens dont une danseuse, dans une forme sonorisée et une scénographie très épurée.
Vidéo d'extraits de répétitions:

Note d'intention:

Les paroles se croisent pour dire Léna. L'écriture procède par ritournelles et flux répétitifs pour dessiner les personnages, leurs volontés, leurs obsessions, pour recréer le mouvement du vivant au sein du langage.
Cette reconstitution éclatée du réel, ce récit démultiplié, met en scène la fragmentation de l'être par rapport à son "identité" à travers le trajet difficile d'une jeune femme. Il dévoile une rencontre impossible avec le monde quand celui-ci impose ses visions figées, notamment aux femmes. L'identité de Léna est contenue, contrainte et c'est dans le rejet des conventions et des apparences, au risque de sa vie, qu'elle tente un chemin vers un monde plus vaste, plus ouvert, une voie poétique, une autre façon d'exister. Nous poursuivons sur le plateau, une constante dans l'écriture de Gertrude Stein inspirée de ses rencontres avec la peinture, notamment le cubisme, qui consiste à ne pas faire du spectateur le captif d'une chronologie narrative et d'un point de vue unique, mais à lui ouvrir des perspectives sensibles sur le récit, en jouant avec la superposition des différents niveaux de réalité.

Résonances:


Le projet met en résonance différents langages: le théâtre, la danse, le son et l'image. La scène est appréhendée comme un lieu d'écriture dont le texte est une part. Les mots rencontrent l'investissement des corps, à la lisière du théâtre et de la danse. Les voix multiples et les sons agissent sur les dimensions temporelles. La mise en jeu de l'espace mental de Léna offre d'autres vues sur les événements et les personnages. L'image travaille la surimpression et la transparence. Les séquences s'élaborent comme une partition cubiste et construisent un mode de narration particulier.
L'Écriture:

Catherine Benhamou, auteure et comédienne, a écrit cette "partition" à partir de la nouvelle de Gertrude Stein La Douce Léna, en y mêlant d'autres œuvres, La Brave Anna et Le monde est rond. Son texte a été sélectionné au titre de l'aide à la création par la DMDTS (Direction de la musique, de la danse et des spectacles).
Ce texte travaille sur un ensemble de données, une matière de mots, d'expressions, de paroles rapportées qui tirent les fils de vies fragiles. C'est un tissage qui joue avec les flux de paroles, bouleverse la chronologie et croise les récits; elle révèle une écriture concrète et musicale. Les mots circulent, s'enroulent, se heurtent, résonnent, à la rencontre de Léna.

Le Texte:

"L'histoire se passe au XIXème siècle.
Dans le récit de Gertrude Stein, il s'agit d'un portrait, post mortem, d'une jeune employée de maison et de son entourage.
En fait, c'est l'histoire d'une absence. D'une non-vie. Une vie trop fragile, étouffée par la contrainte et l'oppression.
Elle pourrait n'être qu'un petit mélodrame naturaliste, mais le langage nous entraine ailleurs.
Le texte doit être traité comme une partition musicale.
Il y a des voix graves et des voix aiguës.
Il y a de la violence et de la cruauté et en même temps une grande légèreté.
Il n'y a pas beaucoup d'action, seulement un étau qui se resserre autour de la modeste existence de Léna, jusqu'au mariage à partir duquel tout se dégrade.
Dans la nouvelle de Gertrude Stein, Léna n'a pas la parole, elle ne fait qu'acquiescer et montrer son désir de se conformer à ce que l'on attend d'elle. La parole que je lui ai donnée dans mon adaptation, je l'ai composée à partir d'autres textes de Gertrude Stein, principalement Le monde est rond qui est postérieur dans l'œuvre de G. Stein."

Catherine Benhamou.
Extraits:

LENA


Mais je fais tout ce que vous voulez ma tante. J'avais pas entendu que vous me disiez que vous aviez envie que je vous dise quelque chose. C'est sûr que j'aime la maison où je suis avec ma bonne patronne Mrs Aldrich et la brave Miss Anna qui gronde toujours mais ça me fâche pas et j'aime les bonne avec qui je m'assois toujours et je ne sais pas si ça me plairait d'avantage d'être mariée et j'ai jamais réfléchi vraiment à ce que ça veut dire vraiment d'être mariée et je suis toujours énervée quand je vois les Kreder avec leur fils Herman mais j'aime mes chapeaux neufs. Et toujours vous me parlez de ce mariage et je sais pas trop ce que c'est ce qui va m'arriver et puis merci beaucoup ma tante pour les belles robes et j'aime encore mieux les beaux chapeaux neufs avec des fleurs dessus. J'avais pas entendu que vous me disiez que vous aviez envie que je vous dise quelque chose. J'savais pas que vous aviez envie que je dise quelque chose. Je ferai n'importe ce que vous me diriez que c'est bien que je fasse. J'épouserai Herman Kreder si vous le voulez.




MISS ANNA

Pour ce qui est de moi Mrs Aldrich j'aurais pas voulu la voir épouser Herman Kreder, j'savais bien ce qu'elle aurait toujours à supporter avec cette vieille et ce vieux il est si ladre aussi et il n'dit rien mais il n'a pas meilleur cœur que sa femme avec ses manières désagréables. Je sais je sais que c'est tout juste s'ils lui donnent à manger Mrs Aldrich. ça me peine vraiment Mrs Aldrich. En tout cas c'était pas une raison pour être toujours si débraillée même avec tous ces ennuis je ne cessais pas de lui dire Mrs Aldrich. Vous me voyez jamais faire ça bien que j'ai quelquefois si mal à la tête à ne pas pouvoir me tenir debout et je peux à peine travailler et ça ne donne rien de bon dans toute ma cuisine mais moi je crois que je me tiens toujours convenablement. Voilà la seule façon de faire marcher les choses Mrs Aldrich.


MRS HAYDON


Tout est prêt pour que tu te maries mardi Léna, tu m'entends, viens ici mardi matin j'aurais tout préparé pour toi.

Tu mettras ta robe neuve que je t'ai donnée, et ton chapeau avec toutes les fleurs, et fais bien attention de ne pas salir toutes tes affaires tu es si négligentes Léna et tu ne penses à rien et tu te comportes quelquefois comme si tu n'avais pas de tête sur les épaules.
Rentre chez toi maintenant et dis à ta Mrs Aldrich que tu la quitteras mardi.
Ne vas pas oublier a c't'heure, Léna rien de ce que je t'ai dit qu'il faut y faire attention. Sois une brave fille maintenant Léna. Tu épouseras mardi Herman Kreder.


HERMAN KREDER


(à sa mère) Reste tranquille je t'assure en ce moment maman avec ces gronderies tout le temps pour Léna. Je verrai à ce qu'elle fasse tout exactement comme tu veux maman.

[...] Comment un homme peut lutter avec sa mère? Moi tout ce que je veux c'est être tranquille pas beaucoup causer et faire mon travail. Et maintenant ils ont voulu que je l'épouse et maintenant ma mère avec toute cette gronderie et tout cet ennui et tout ce tracas qui retombe sur moi.

(à sa mère) Crois-moi laisse-la un peu maman elle fait tout le travail régulièrement comme elle a toujours fait. Je peux plus la voir comme ça tellement faible et immobile qu'on dirait qu'elle va mourir crois-moi Moi je savais bien que tout ça me causerait de l'ennui.


Le Hublot.

Le Hublot, "
chantier de construction théâtrale", a ouvert ses portes en 1993 dans une ancienne usine de métallurgie à Colombes. L'activité du Hublot est guidée par deux convictions: la défense de la création contemporaine et le croisement des publics. La philosophie du lieu est celle de l'ouverture : accompagner créateurs et publics dans une démarche de curiosité, d'innovation et de partage.

Lieu de fabrique interdisciplinaire dont l'axe principal reste le théâtre, le Hublot accueille chaque saison des artistes et des créations, des stages, des ateliers, des concerts, des expositions. Les créations se croisent au cours d'événements rassemblant des
spectacles issus de différentes disciplines artistiques : le théâtre, la danse, la musique, le film, la vidéo, les arts plastiques, la photo, la littérature. Le Hublot accueille également des artistes en résidence.

Accompagnant ces créations, un important
travail d'ateliers et d'interventions vers les publics est mené par l'équipe du Hublot et les équipes des créations travaillant au brassage des populations. Le Hublot est porteur de projets originaux sur son territoire : spectacles à domicile, plate-forme de formation, créations avec les habitants.

Le Hublot est également très impliqué dans le réseau
Actes if, qui rassemble 16 lieux de créations pluridisciplinaire en Ile-de-France.

Information Pratique:


87 rue Félix Faure.

92 700 Colombes.

01 47 60 10 33


contact@lehublot.org
www.lehublot.org

Comment venir au Hublot de Paris?

En train: à 15 minutes de la Gare Saint-Lazare. Trains toutes les 10 minutes en direction de Nanterre Université ou Maisons-Laffitte.
Arrêt en gare Les Vallées.
En sortant du train, empruntez le souterrain puis la passerelle. Vous arriverez dans une petite rue piétonne, prenez la première à droite. Le Hublot se trouve un peu plus loin, au n°87.

En voiture: Toujours tout droit depuis la porte de Champerret (D908). Vous traverserez Neuilly, Courbevoie. En arrivant dans Colombes, après avoir franchi le pont de la Puce (voies SNCF), au feu prenez à droite. Le Hublot se trouve un peu plus loin, au n° 87.

Gertrude Stein

Née en Pennsylvanie dans une famille juive aisée, en 1874, Gertrude Stein voyage en Europe pendant son enfance (Paris et Vienne). Elle suivra des cours de psychologie et de médecine, en s'intéressant plus particulièrement à l'hystérie féminine.

Elle s'installe, avec son frère Léo, à Paris en 1903. Ensemble, ils vont réunir une des premières collections d'art cubiste, comptant notamment des œuvres de Picasso (qui lui fera son portrait, tout comme Picabia), Matisse et Derain.
En 1907, elle rencontre Alice B. Toklas qui deviendra sa secrétaire, sa confidente et sa compagne. Dans les années 20, leur appartement de la rue Fleurus attire toute l'avant-garde artistique ainsi que les auteurs américains de la "génération perdue" (comme James Joyce, Hemingway et Francis Scott Fitzgerald). Nourrie de ses influences diverses, son œuvre écrite se présente comme un itinéraire à travers tous les genres littéraires. Elle crée une nouvelle forme de langage, par un style fragmenté, abstrait, accumulant les répétitions et dénué de ponctuation. Ainsi, elle se forme un matériau poétique, romanesques, dramatiques ou encore lyriques. Elle meurt à Paris d'un cancer, en 1946.

Gertrude Stein eut, de son vivant, qu'une place énigmatique en marge de l'avant garde artistique et littéraire. Figure considérable et quelques peu monstrueuse de notre modernité, elle demeure malgré tout méconnue en France, où elle crée la majeure partie de son œuvre. Pourtant, son influence fut fondamentale aux États-Unis, tant dans la sphère du théâtre (Living Theatre, Richard Foreman) que dans celle de la musique (elle a écrit deux opéras, inspirant Virgil Thompson, John Cage) et bien sûr de l'écriture (Antin, Rothenberg, Ducan, Waldman...).


Oeuvres (non exhaustive):

- Les Guerres que j'ai vues.
- Trois Vies.
- Bonne Année.
-Paris.
- Le Roi ou on ne sait quoi.
- Dix Portraits.
- Ida, Un roman.
- Le Monde est Rond.
- Picasso.
- Les Choses comme elles sont.
- Brewsie et Willie.
- Autobiographie de tout le monde.
- Du sang sur le sol de la salle à manger.
- Autobiographie d'Alice Toklas.
Parcours de création:

1ère étape:
Le travail a débuté avec une troupe de comédiens dont une comédienne-danseuse, Paola Cordova, qui tient le rôle de Léna. En prenant appui sur le texte de Catherine Benhamou, nous avons travaillé sur l'énonciation de ces fils de paroles, la notion de présence et d'absence dans le rapport de la voix et sur la traversée "physique" de Léna dans les superpositions temporelles du récit. Les premiers enregistrements des textes "off" ont été réalisés. Puis, des expérimentations sonores ont été effectué à l'aide de micros classique et HF, afin de mettre en valeur l'énonciation et le bruit des mouvements et des souffles.
José Canavate, photographe, a crée une suite d'image.
Cette première étape fut une résidence au théâtre Berthelot à Montreuil (93), elle fut présenté sous forme de lecture/mise en espace.

2ème étape:
Cette 2ème étape a permis d'approfondir et de développer le travail vocal, ainsi que le travail chorégraphique, par l'exploitation de ritournelles et des mouvements d'ensemble. A la suite de ses essais, une vidéo d'extraits des répétitions. Ces essais et cette captation ont été déroulés lors d'un accueil à Confluences (Paris), dans le cadre d'un projet de mutualisation des lieux de répétition mis en place par RAVIV (Réseau des Arts Vivants en Ile de France), soutenu par ARCADI.

3e étape:
Le travail sur l'énonciation et la diffusion du son continu, tout en approfondissant la recherche chorégraphique en assistant sur son intention dans la narration.
Le projet est en résidence, pour une étape de création, au Hublot à Colombes (92) : La Douce Léna y sera présentée du 16 au 18 juin 2010.

Parallèlement à la création, des actions culturelles sont organisées :
- Atelier théâtre en lycée.
- Deux ateliers "Écriture et Oralité" sont menés dans deux centres sociaux.
- Un atelier ponctuel : Danse/Théâtre dirigé par Paola Cordova, au sein du Hublot.


Atelier : Oralité/Écriture

En relation avec le spectacle La Douce Léna avec:
- Ghislaine Beaudout, metteur en scène et auteur.
- Catherine Benhamou, auteur et comédienne.


Objectifs:

Cet atelier a pour objectif de favoriser une attitude créative dans les domaines de l’écriture et du jeu théâtral, en relation avec le spectacle. En instaurant un climat de mise en confiance par des propositions ludiques, l’atelier incite à l’expression en alternant l’oral et l’écrit. 
  • Sensibiliser sur le spectacle La douce Léna : thèmes, personnages, textes, langage scénique.
  • Croisements de paroles sur le thème du mariage, de l’émancipation des femmes, du libre arbitre.
  • Jeux d’écriture sur les thèmes abordés : réserve de mots, accrostiches, haïkus, cadavres exquis, inventaires, dialogues et textes courts.
  • Jeux de théâtre en lien aux thématiques : jeux de présence, relation à l’autre, à l’espace, improvisations.