NINA ET LES MANAGERS



de Catherine Benhamou


L'autrice est finaliste du Grand prix de littérature dramatique 2017 avec ANA OU LA JEUNE FILLE INTELLIGENTE


Vidéo d'une des images de la scénographie digitale à l'étude pour la mise en scène de Ghislaine Beaudout






EN RECHERCHE DE THÉÂTRES PARTENAIRES : CO-PRODUCTIONS, PRÉACHATS, RÉSIDENCES DE CRÉATION
Résidences effectuées au Théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine - Lectures en espace à la Maison des Métallos à Paris en juin et en octobre 2017- Finaliste avec 8 projets pour le dispositif LE RÉEL EN JEU : 5 théâtres en France et en Belgique.


Mise en scène Ghislaine Beaudout
Assistée de Désirée Olmi

Scénographie digitale et lumière : Laurent Vérité

Création son : en cours

Avec 
Renaud Danner, Violaine Fumeau, Adèle Jayle, Adrien Michaux 

En vidéo : Fosco Perenti, Guillaume Moreau, Sébastien Bidaut, Raphaëlle 
Hanchar, Désirée Olmi, Adrien Michaux, Marie Verge. Réalisation Xavier Sauvage

photos : Lucas Palen - Lecture-étape de travail en octobre 2017 à La Maison des Métallos
Extraits de lecture et étape de travail : https://vimeo.com/leregarduloup

Dans le cadre de la 73e édition du Festival d’Avignon

« Quand le Travail entre en scène »

Mercredi 10 juillet 2019 – 14h00 / 18h00

Maison des professionnels du spectacle Cloître Saint-Louis
20 rue Portail Boquier
Atelier-théâtre de l’Ists
84 000 Avignon
Réservation indispensable (jauge limitée) 
03 20 89 40 60 info@travailetculture.org

PROGRAMME
14h30 - Présentation de la rencontre par Théâtre et monde du travail et Travail et CultureINTRODUCTION : Théâtre et Travail, de quoi parle t-on ? Par Bérénice Hamidi-Kim, maîtresse de conférences HDR en études théâtrales à l’Université Lyon 2 et membre de l’Institut Universitaire de France.
Lectures (10’)
Extraits de Conviction intimeCassé et Départ volontaire de Rémi De Vos
par Claire Catherine et Adrien Rouyard
15h10 - 16h30 – TABLE RONDE « Vivre et exister au travail »
Quand le théâtre interroge les relations au travail, de quoi témoigne-t-il ?
Être(s) au travail : Exister, subsister, persister, résister, attester, oeuvrer, révéler, témoigner, représenter...
Intervenants :
Rémi De Vos, auteur
Dominique Lhuilier, professeure émérite en psychologie du travail, Cnam, Paris
Christophe Rauck, metteur en scène, directeur du Théâtre du Nord, Centre Dramatique National Lille Animation : Nicolas Naudé, directeur de TEC/CRIAC
Lectures (10’)
Extraits de « Nina et les managers » de Catherine Benhamou / Mise en scène Ghislaine Beaudout avec les comédiens du projet : Renaud Danner, Violaine Fumeau et Adrien Michaux (Adèle Jayle non disponible)

16h40 – 18h00 – TABLE RONDE « La société à l’épreuve de la tourmente managériale »
Quand le théâtre interroge les transformations managériales contemporaines.
Intervenants :
Vincent Dussart, metteur en scène, fondateur et directeur artistique de la Compagnie de l’Arcade, Danièle Linhart, sociologue du travail, directrice de recherche émérite au CNRS
Elsa Bosc, metteure en scène - Compagnie La Véraison
Animation : Gilbert Edelin, Président de Théâtre et Monde du Travail
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FESTIVAL D'AVIGNON 2018 AVEC LA SACD :





Le texte de Catherine Benhamou est une fable ironique et grinçante où l’on voit comment une entreprise utilise les services d’une comédienne et les méthodes d’improvisation du théâtre pour inciter un groupe de managers à mettre en place une nouvelle organisation du travail.
« Sortir de la crise, manager dans la tempête » est l’intitulé du nouveau programme imposé aux salariés.
Manipulation, pressions, compromissions, course en avant, basculement dans l’absurde, scènes au plateau et scènes filmées, la pièce pointe avec un humour noir, les méthodes de management actuelles qui instrumentalisent et méprisent l’humain, au nom de la performance.

EXTRAIT
Grégoire, le directeur de l'entreprise : 
-Allez –y mettez-vous en situation, improvisez, lâchez-vous ! N'ayez pas peur ce n'est que du théâtre ! Les scènes seront filmées pour qu'on puisse analyser, décortiquer les messages, exploiter les potentiels, repousser les limites ! A vous de jouer, vous ne l’avez jamais fait ? 
Lancez-vous, vous êtes là pour ça vous êtes des managers ! Éclatez-vous bougez osez déconnez délirez lâchez-vous ! Après on ira se coucher. (réaction de Léa)
Non je veux dire on ira manger bien sûr, aujourd’hui c’est buffet italien à volonté, ça vous dit ?


NINA ET LES MANAGERS est une pièce qui a toute sa place dans le contexte politique et social actuel. Elle dénonce avec un humour noir, des pratiques managériales qui mènent au mépris humain.
Sous couvert de performance, de chiffres et d’objectifs, une idéologie néfaste s’insinue dans le corps social en formatant les comportements à tous les stades de la hiérarchie, pour finir par s’imposer comme unique recours possible dans un environnement en crise.
Nina, une comédienne au chômage, est embauchée par un chef d’entreprise pour faire du théâtre avec des managers dans un climat de motivation forcée des salariés.
Elle doit les inciter à improviser des scénarios sur le thème « sortir de la crise, manager dans la tempête». Les improvisations sont filmées et permettent au directeur et à son assistante de repérer les managers capables de repousser leurs limites. 


La deuxième phase du programme demande aux managers d’improviser individuellement un scénario destiné à modifier l’organisation du travail pour augmenter la performance, un changement qui permettra surtout de licencier une partie d’entre eux. Xavier, l’un des managers devient l’instrument de la stratégie de l’entreprise. Nina la comédienne est également instrumentalisée afin de la contraindre à aller au bout de son engagement.

Grégoire et Léa, le directeur et son assistante, tirent les ficelles de ce programme. Ils sont façonnés par l’entreprise, ils en sont les figures de compétitivité et de conquête. Grégoire n’est pas simplement le dragueur profitant de son pouvoir et Léa n’est pas sa victime.
Ils sont tous deux lancés dans une course à la réussite qui les galvanise, les engage corps et âmes jusqu’à utiliser leur potentiel libidinal, et envahir leur domaine intime et personnel.


Quatre comédiens sont sur scène : le directeur, Grégoire, son assistante, Léa, la comédienne Nina et Xavier, un manager. Les autres managers sont présents à l’écran lors du visionnage des séances d’improvisation qui ont la particularité d’être diffusées sans le son et commentées par l’assistante et le directeur.

La pièce a un ancrage réaliste dans l’entreprise, presque stéréotypé, et l’emploi de l’humour peut paraître au départ une façon de ménager la critique en restant sur le terrain de l’ironie.
Mais l’écriture, l’entrelacement des répliques, la construction juxtaposée des séquences démontent les mécanismes de manipulation à l’œuvre. Le dérapage progressif des méthodes de management entraîne les personnages vers une sorte de cauchemar.

Nina la comédienne est prise au piège entre les dirigeants qui multiplient les stratégies pour contenter l’appétit des actionnaires et les salariés aveuglés, soumis ou démunis.
La pureté qu’elle recherchait dans l’art a pris un coup dans l’aile pour une jeune femme qui a choisi son prénom en référence à La Mouette de Tchékhov.
Malgré sa prise de conscience de la situation, elle va terminer sa mission, espérant un rôle au théâtre dans une production qui s’avère entretemps …financée par l’entreprise !



NOTE DE L’AUTRICE
En 2013, pour la première fois on m'a proposé de faire du théâtre dans une grande entreprise.
On était en pleine crise et il s'agissait pour les dirigeants de cette entreprise de transformer les habitudes managériales pour faire face à l'incertitude.
Nous étions quatre intervenants comédiens-formateurs et nous devions faire improviser les managers de l'entreprise sur le thème « manager dans l'incertitude » ou dans un langage plus imagé, « gouverner dans la tempête ».
Le programme s'étendait sur un semestre pendant lequel la menace d'un vaste plan de licenciement planait sur les salariés. Le plan est tombé peu de temps après comme nous l'avons lu dans les journaux. L'inquiétude était palpable même si chacun se prêtait docilement au jeu.
J'ai commencé à écrire cette pièce à la suite de cette expérience.
Le sentiment d'être en porte-à-faux, d'être manipulée tout en étant l'instrument de la manipulation, les rapport entre salariés minés par le non-dit et les tensions, la docilité, le voyeurisme de certains dirigeants, toute cette violence latente à laquelle j'ai participé malgré moi, j'ai eu besoin d'en faire quelque chose.


Scénographie digitale 
avec Laurent Vérité - vidéaste-scénographe-éclairagiste

L’entreprise est le théâtre des opérations dans lequel Nina, la comédienne, pénètre. C’est un open space ou une salle de réunion à première vue lumineuse et agréable. Mais au fur et à mesure du spectacle, l’espace se révèle complexe et labyrinthique. 
L’entreprise révèle ses liens avec d’autres sphères de pouvoir.
La scénographie digitale permet d’inventer un espace mouvant, à révélations progressives et échelles multiples : au premier abord, l’entreprise expose aux regards sa plénitude, son efficacité, puis on assiste à l’apparition de doubles fonds, de perspectives, de surplombs qui sont autant d’indices sur la manipulation à l’œuvre et sur le ressenti des protagonistes. 
À partir de l’inversion jour/nuitnouvelle organisation du travail, conçue à partir du scénario du manager « pilote », c'est un espace de présences fantomatiques
Les scènes d’improvisation des managers dans le cadre du programme Top managers avec la comédienne, sont filmées. Les managers apparaissent à l’écran comme des cobayes dans un espace surveillé, un « aquarium ». 
L’espace cache métaphoriquement les actionnaires, grands décideurs invisibles du sort de l’entreprise. 
Dans la deuxième partie de la pièce, la scène du vrai théâtre apparait comme une respiration : Nina retrouve les planches où elle va jouer un rôle important. Une respiration qui laisse un goût amer puisque cette « récompense » fait suite à sa mission dans l’entreprise qui a entre-temps acheté le théâtre ! 
Parler du travail au théâtre, des méthodes de management toxique, c’est aussi proposer une recherche scénographique sur sa représentation.Je souhaite interroger les outils numériques, le mapping vidéo, la réalité augmentée, pour une scénographie qui accentue la dimension fantastique et absurde que m’évoque cette fable révélatrice d’un envahissement de la psyché par l’idéologie managériale, le système « managinaire ».        


Cycle Identité au travail 
Lectures :
Lecture chorale des témoignages recueillis dans l’ouvrage de Lise Gaignard : 
« Chroniques du travail aliéné » aux éditions D’Une.
-Actions artistiques : Rencontres, débats, atelier théâtre, atelier d’écriture avec l’autrice.



"Poser la question du travail, de ses conditions d’exercice, s’interroger sur les objectifs et les méthodes de management, me paraît essentiel aujourd’hui pour comprendre ce qui est à l’œuvre dans  un monde où « le thème de la guerre économique justifie la violence au travail" 

"Les tyrannies de l'idéal sont un phénomène social central des sociétés hypermodernes. les organisations exigent toujours plus de leurs employés, qui ont le sentiment de n'être jamais à la hauteur. Et chacun d'attendre une reconnaissance chichement délivrée. Qualité totale, zéro défaut, excellence durable, le management produit un système de prescriptions idéales, sanctionnées socialement, qui oblige à faire comme si c'était possible de les réaliser."

Travail, les raisons de la colère de Vincent Gaulejac , aux éditions du Seuil






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