NINA ET LES MANAGERS






NINA ET LES MANAGERS

Une pièce de Catherine Benhamou


EN RECHERCHE DE THÉÂTRES PARTENAIRES : CO-PRODUCTION, PRÉACHATS, RÉSIDENCE DE CRÉATION
Résidences de recherches effectuées au Théâtre Jean Vilar de Vitry - à la Maison des Métallos à Paris en juin et en octobre 2017- Sélection aux Plateaux ACTIF : 21 novembre 2017.


Mise en scène Ghislaine Beaudout
Assistée de Désirée Olmi

Scénographie : Camille Duchemin
Lumière : Laurent Patissier
Création son : en cours

Avec
Renaud Danner, Violaine Fumeau, Adèle Jayle, Adrien Michaux

En vidéo : Fosco Perenti, Guillaume Moreau, Sébastien Bidaut, Raphaëlle
Hanchar, Désirée Olmi, Adrien Michaux, Marie Verge. Réalisation Xavier Sauvage

photos : Lucas Palen - Lecture-étape de travail en octobre 2017 à La Maison des Métallos
     

Le texte de Catherine Benhamou est une fable ironique et grinçante où l’on voit comment une entreprise utilise les services d’une comédienne et les méthodes d’improvisation du théâtre pour inciter un groupe de managers à mettre en place une nouvelle organisation du travail.
« Sortir de la crise, manager dans la tempête » est l’intitulé du nouveau programme imposé aux salariés.
Manipulation, pressions, compromissions, course en avant, basculement dans l’absurde, scènes au plateau et scènes filmées, la pièce pointe avec un humour noir, les méthodes de management actuelles qui instrumentalisent et méprisent l’humain, au nom de la performance.

EXTRAIT
Grégoire, le directeur de l'entreprise : 
-Allez –y mettez-vous en situation, improvisez, lâchez-vous ! N'ayez pas peur ce n'est que du théâtre ! Les scènes seront filmées pour qu'on puisse analyser, décortiquer les messages, exploiter les potentiels, repousser les limites ! A vous de jouer, vous ne l’avez jamais fait ? 
Lancez-vous, vous êtes là pour ça vous êtes des managers ! Éclatez-vous bougez osez déconnez délirez lâchez-vous ! Après on ira se coucher. (réaction de Léa)
Non je veux dire on ira manger bien sûr, aujourd’hui c’est buffet italien à volonté, ça vous dit ?


NINA ET LES MANAGERS est une pièce qui a toute sa place dans le contexte politique et social actuel. Elle dénonce avec un humour noir, des pratiques managériales qui mènent au mépris humain.
Sous couvert de performance, de chiffres et d’objectifs, une idéologie néfaste s’insinue dans le corps social en formatant les comportements à tous les stades de la hiérarchie, pour finir par s’imposer comme unique recours possible dans un environnement en crise.
Nina, une comédienne au chômage, est embauchée par un chef d’entreprise pour faire du théâtre avec des managers dans un climat de motivation forcée des salariés.
Elle doit les inciter à improviser des scénarios sur le thème « sortir de la crise, manager dans la tempête». Les improvisations sont filmées et permettent au directeur et à son assistante de repérer les managers capables de repousser leurs limites. 


La deuxième phase du programme demande aux managers d’improviser individuellement un scénario destiné à modifier l’organisation du travail pour augmenter la performance, un changement qui permettra surtout de licencier une partie d’entre eux. Xavier, l’un des managers devient l’instrument de la stratégie de l’entreprise. Nina la comédienne est également instrumentalisée afin de la contraindre à aller au bout de son engagement.

Grégoire et Léa, le directeur et son assistante, tirent les ficelles de ce programme. Ils sont façonnés par l’entreprise, ils en sont les figures de compétitivité et de conquête. Grégoire n’est pas simplement le dragueur profitant de son pouvoir et Léa n’est pas sa victime.
Ils sont tous deux lancés dans une course à la réussite qui les galvanise, les engage corps et âmes jusqu’à utiliser leur potentiel libidinal, et envahir leur domaine intime et personnel.


Quatre comédiens sont sur scène : le directeur, Grégoire, son assistante, Léa, la comédienne Nina et Xavier, un manager. Les autres managers sont présents à l’écran lors du visionnage des séances d’improvisation qui ont la particularité d’être diffusées sans le son et commentées par l’assistante et le directeur.

La pièce a un ancrage réaliste dans l’entreprise, presque stéréotypé, et l’emploi de l’humour peut paraître au départ une façon de ménager la critique en restant sur le terrain de l’ironie.
Mais l’écriture, l’entrelacement des répliques, la construction juxtaposée des séquences démontent les mécanismes de manipulation à l’œuvre. Le dérapage progressif des méthodes de management entraîne les personnages vers une sorte de cauchemar.

Nina la comédienne est prise au piège entre les dirigeants qui multiplient les stratégies pour contenter l’appétit des actionnaires et les salariés aveuglés, soumis ou démunis.
La pureté qu’elle recherchait dans l’art a pris un coup dans l’aile pour une jeune femme qui a choisi son prénom en référence à La Mouette de Tchékhov.
Malgré sa prise de conscience de la situation, elle va terminer sa mission, espérant un rôle au théâtre dans une production qui s’avère entretemps …financée par l’entreprise !



NOTE DE L’AUTRICE
En 2013, pour la première fois on m'a proposé de faire du théâtre dans une grande entreprise.
On était en pleine crise et il s'agissait pour les dirigeants de cette entreprise de transformer les habitudes managériales pour faire face à l'incertitude.
Nous étions quatre intervenants comédiens-formateurs et nous devions faire improviser les managers de l'entreprise sur le thème « manager dans l'incertitude » ou dans un langage plus imagé, « gouverner dans la tempête ».
Le programme s'étendait sur un semestre pendant lequel la menace d'un vaste plan de licenciement planait sur les salariés. Le plan est tombé peu de temps après comme nous l'avons lu dans les journaux. L'inquiétude était palpable même si chacun se prêtait docilement au jeu.
J'ai commencé à écrire cette pièce à la suite de cette expérience.
Le sentiment d'être en porte-à-faux, d'être manipulée tout en étant l'instrument de la manipulation, les rapport entre salariés minés par le non-dit et les tensions, la docilité, le voyeurisme de certains dirigeants, toute cette violence latente à laquelle j'ai participé malgré moi, j'ai eu besoin d'en faire quelque chose.


Scénographie – Premières pistes

L’entreprise est le lieu de la fable, le théâtre des opérations dans lequel Nina, la comédienne, pénètre.

C’est un openspace ou une salle de réunion à première vue lumineuse et agréable. Mais au fur et à mesure du spectacle, l’espace se révèle complexe et labyrinthique, jouant avec l’humour grinçant contenu dans la pièce. Composé de multiples sous-espaces, il évoque un monde d’apparences trompeuses.
Les miroirs deviennent transparents, les murs opaques deviennent translucides. La lumière change.

L’espace se pratique de façon différente selon les places dans la hiérarchie. Les dirigeants, Grégoire et Léa, le pratiquent  de façon omnisciente, ce qui n’est pas le cas des employés qui sont soumis à ses aspects mouvants et qui font l’objet de surveillance et d’expériences comme des rats de laboratoire. Il cache les grands actionnaires, décideurs à distance du sort de l’entreprise.

C’est un espace qui joue avec la présence en creux des managers, intégrant les spectateurs lors des « speechs » de la direction. Ils apparaissent à l’écran lors des vidéos d’improvisations.

Cycle Identité au travail 
Lectures :

Lectures chorale des témoignages recueillis dans l’ouvrage de Lise Gaignard : 
« Chroniques du travail aliéné » aux éditions D’Une.
-Actions artistiques 
 Rencontres, débats, atelier théâtre, atelier d’écriture avec l’autrice,



"Poser la question du travail, de ses conditions d’exercice, s’interroger sur les objectifs et les méthodes de management, me paraît essentiel aujourd’hui pour comprendre ce qui est à l’œuvre dans  un monde où « le thème de la guerre économique justifie la violence au travail" 

"Les tyrannies de l'idéal sont un phénomène social central des sociétés hypermodernes. les organisations exigent toujours plus de leurs employés, qui ont le sentiment de n'être jamais à la hauteur. Et chacun d'attendre une reconnaissance chichement délivrée. Qualité totale, zéro défaut, excellence durable, le management produit un système de prescriptions idéales, sanctionnées socialement, qui oblige à faire comme si c'était possible de les réaliser."

Travail, les raisons de la colère de Vincent Gaulejac , aux éditions du Seuil





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